Ne jamais commencer, ne jamais commencer à
écrire… Ne commencez jamais.
À dire la vérité, ne commencez jamais. Vous
irez forcément trop loin ou forcément nulle
part.
Il est épuisant d’écrire, il est fatigant de
lire, pour ne considérer le livre et l’écrit
que comme des supports de communication, pour ne rester qu’en
surface de ligne, pour ne raconter qu’une histoire. Si
l’envie vous prend, faites de la musique, du cinéma,
non pas que le travail y soit moindre, mais ce sont des supports
qui se prêtent mieux à « l’histoire
» aujourd’hui, si seule « l’histoire
» vous motive.
L’écrit vous emmènera plus loin que l’art
d’écrire, comme peuvent également le faire la
musique et le cinéma ; A la différence que ces deux
disciplines requièrent plus de connaissances diverses pour
dépasser le stade de l’histoire, pour ne pas rester en
surface. L’écriture quant à elle, peut
être quasiment accessible au plus profond de ce qu’elle
est, de ce qu’elle peut transporter, engendrer ou
détruire, en quelques années. D’où son
danger. A chaque ligne on ne sait quel concept on va toucher,
à quelle conclusion on va aboutir, et surtout, on ne sait
jamais si l’on est prêt à les recevoir tel quel,
sorti de nous, aussi dérangeant puissent-ils
être.
Au début, on gratte la page avec une fourchette à
dessert, et après quelques merveilles découvertes,
c’est à coups de pioche que l’on poursuit. On
creuse, sans toujours savoir où l’on va, on creuse le
monde, on creuse l’imaginaire, on creuse la
vérité, on creuse en soi. On extrait la
matière, des seaux de terre, on étampe les parois de
quelques poutrelles, on creuse les couches de gravier et de glaise,
on installe un peu de lumière dans le tunnel, on creuse plus
loin, on tombe sur une couche de granit que l’on dynamite, le
boyau s’allonge, on installe un compresseur en surface pour
pulser un peu d’air au fond du tunnel on creuse encore,
l’entrée baignée par le soleil réel a la
taille d’une pastille, on aspire vers la bouche d’air
et on redouble les coups de pioche, bientôt
l’entrée n’est qu’une pointe
d’aiguille avant de disparaître…
Douce mécanique, infernale machine, impossible
d’arrêter les coups de pioche qui volent dans
l’air, les poutrelles craquent sous la pression à
contenir, on les entend, et on espère qu’elles vont
tenir car il reste encore quelques coups de pioche à mettre,
demain j’arrête, demain j’aurai fini…
N’écrivez jamais, ou restez en surface de ligne,
même si l’air n’y est toujours frais, l’air
y existe.
La vérité est une quête perdue dès le
premier jour, celui marqué d’une pierre blanche, celui
à partir duquel on ne peut jamais revenir en
arrière.
Ne commencez jamais à griffer la ligne pour ceci ; Encore
faut-il en avoir le choix. La pierre blanche flottait au-dessus de
ma tête depuis 1991, je jouais avec, chansons,
poèmes… La pierre blanche s’est posée
sur moi un soir de novembre 1997. Je l’ai vu
étincelante, miraculeuse, belle, je ne savais pas. Je ne
savais pas qu’elle était beaucoup plus que cela, je ne
savais pas qu’elle m’emmènerait
jusque-là.
Écrire, c’est au-delà de tout, ne commencez
jamais. Faites.
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Date de création : 24/05/07 / Dernière mise à jour : 04/07/08 20:16 / 328 articles publiés
71 – Marquer d’une pierre blanche (> Lire "Blanc") posté le lundi 12 mai 2008 16:55
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Tous les commentaires liés à l'article : 71 – Marquer d’une pierre blanche
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sandrine a posté :mercredi 14 mai 2008 22:10
bonne soirés!!bisous
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monsieur pop/stéphane a posté :mardi 13 mai 2008 22:32
ce texte me fait immédiatement penser à des auteurs comme Céline ou Dantec qui se sont fait ou se font "dévorer vivants" par leur oeuvre,écrire peut couter très cher,comme toute forme sincère de création d'ailleurs,les grands compositeurs et les plus grands peintres ne sont pas épargnés non plus.
Ceci dt,rien n'empêchera jamais un pyromane de jouer avec le feu... -
sculpix a posté :mardi 13 mai 2008 12:29
c'est comme la "peinture". -
Zayna a posté :mardi 13 mai 2008 11:52
Lorsqu'on écrit si bien que toi, lorsque l'inspiration se lie à notre main et glisse sur la plume, on est heureux d'avoir sucombé à cette pierre blanche.
Et je pense que nous sommmes beaucoup à penser qu'elle a bien fait de s'arrêter au dessus de ta tête ! -
smokki a posté :lundi 12 mai 2008 21:14
@pascale : l'envie compte plus que le talent ;-) A tes plumes ;-) -
pascale a posté :lundi 12 mai 2008 21:10
et bien disons que si j'avais un brin de ton talent, je ne ferais plus que ça, écrire... -
smokki a posté :lundi 12 mai 2008 20:52
c'est exactement cela Arts, faire réagir...
Je préfère être un agitateur de cerveaux plutôt qu'un agitateur de banderolles ;-) c'est ma place ;-)
Chacun trouve dans les mots ce qui le touche... Parvenir à cela, c'est gagné, pour moi, quelque part ;-) -
ArTs a posté :lundi 12 mai 2008 20:49
Le pire dans tout ça c'est que ton texte peut être compris autrement que ce que tu souhaitais lol
chacun pioche ce que bon lui semble dans les mots et les interprête à sa manière ...
Mais les mots touchent et font réagir , n'est ce pas là l'essentiel ...
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nymphe40thefairy a posté :lundi 12 mai 2008 19:45
beau texte, il faut ecrire lorsqu'on en a envie, qu'on en eprouve le besoin alors là les mots sortent et glissent sur la page,, un plaisir qui ne doit pas devenir une contrainte
bonne soirée
bises -
Glamour a posté :lundi 12 mai 2008 19:23
Au début, je prenais l'écriture comme une conquête. Mais à force de chercher, on se perd. L'envie d'écrire jaillit de nulle part, elle vient, elle nous habite, et nous marchons ensemble...







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