Infernale machine qui me tient par les mains, les pieds, les
poings, les couilles surtout. En quelques jours, je suis devenu un
écrivain monochrome. Blanc. Redevenir blanc, l’un des
objectifs de ce livre.
Je suis blanc, I am Blank.
B . L . A . N . K : Beautiful Languages Are Not the Key
Le nombrilisme dont j’ai fait preuve au cours de ces pages
n’atteint pas le narcissisme qui me pousse à
écrire. J’assume. Au moins ai-je le mérite de
ne pas avancer une fausse créativité
dissimulée sous des changements de prénoms de
protagonistes et des effets de style.
Les élites plumitives m’ennuient, elles tiennent leur
rôle, intouchables, supérieures, hermétiques.
Elles se foutent des gens la plupart du temps, elles manipulent les
adjectifs pompeux pour mieux camoufler le creux du propos
qu’elles délayent. Combien de livres ai-je pu lire,
qui ne soient qu’une copie édulcorée de la vie
amoureuse de l’écrivain durant son adolescence, mise
en scène dans un décor exotique ou une époque
à froufrou, combien m’ont profondément
ennuyé de leurs turpitudes familiales en piétinant
les millions de papa.
Blank, beautiful langages are not
the key.
Une jeune femme d’origine turque m’a écrit suite
à la lecture de mes chroniques en ligne. J’ai
été parcourir les siennes, c’était
court, incisif, juste. Pas une seconde, je ne me serais
douté qu’elle parlait le français comme moi
l’Ougandais. C’est à travers quelques
échanges de mails que je m’en suis aperçu. Elle
écrivait, vraiment, sans parfaitement connaître la
langue. Elle écrivait beaucoup mieux que ne lui permettaient
ses connaissances. Elle écrivait Blank.
L’écriture est narcissique par essence, encore faut-il
qu’elle ne soit pas une quête déguisée
d’intellectuels fondus dans l’ennui, en mal de
reconnaissance.
À chacun sa place, et les étagères des
librairies seront soulagées d’un certain poids, en
attendant de pouvoir accueillir les écrivains blank.
Blank était au départ le titre de ce livre, et puis
en court de route, d’autres horizons se sont ouverts, de
nouvelles possibilités aussi. J’ai pris goût
à l’écriture désinvolte, à
l’antilivre, au quotidien qui transpire.
Blank fut une expérience, le blanc une ouverture. Le blanc
est la somme des couleurs du spectre visible. Je vais les explorer
une à une.
Blank est devenu Blanc, le premier volet de la pentalogie Infernale
Machine.
Les premières lignes des volumes suivant sont jetés,
Infernale Machine qui me pousse en avant même quand ma joue
s’écrase sur le clavier.
Aujourd’hui, écrire, c’est un peu comme
distiller à l’alambic, c’est presque interdit ;
Presque est le mot sensible. Je laisse l’Infernale Machine
jouer avec mes envies ; Elle me parle et me dit :
« Quand un auteur passe de l’autre côté du
miroir, il n’y a rien d’autre à en attendre que
la vérité. »
Relevant la tête du clavier, je lui réponds :
« Quand on écrit avec ses tripes, parfois, on y laisse
sa peau. »
Elle rétorque :
« Il est des livres qu’on écrit à
l’encre et à la plume sur des pages blanches,
d’autres au vitriol et au scalpel sur des peaux blêmes.
»
Je suis un écrivain monochrome, l’Infernale Machine a
toujours le dernier mot.








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