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73 – Blanc cassé  posté le lundi 19 mai 2008 18:14

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C’est le dernier jour, c’en est fini des vers blancs ; Je fête toujours la fin d’un livre, ce soir, Blanc de blanc. J’avais promis quinze jours, j’en ai passé trente avec vous ; Prenons l’apéritif ensemble, je vous laisse le choix : cocktail du Russe blanc, blanc cassis ou Martini blanc, j’hésite ; J’allume la télé, info-bulot mitonnée sauce blanche, la Maison Blanche distille en souriant l’argumentaire de sa prochaine guerre, l’homme blanc tient les rennes ; Pour le menu, deux options, poisson blanc ou boudin blanc, attentat au Moyen-Orient, flinguer la Blanche colombe est devenu une attraction, on aligne les petites boîtes en bois blanc dans une cour, je zappe en croix sur les boutons blancs de ma télécommande ; Présidentielles, les éléphants blancs de la politique reviennent à la charge, malgré leurs promesses de nous foutre la paix, soirée débat, un nouveau concept de divertissement, la télé-réalité ne me laisse le choix au programme détente qu’entre Croc Blanc et Noces blanches, pas envie de film, bouquiner ; Restons cohérent pour cette fin de journée, « Obsession blanche » de Valérie Valère ou « Métro blanc » de William Burroughs, rien de plus coloré dans ma bibliothèque ; Générique de fin de journal, un blanc-bec pointe sa truffe sur l’écran, le chevalier blanc de la météo qui fait la pluie et le beau temps ; La météo, meilleur audimat quotidien, réel souci du spectateur moyen, savoir s’il pleuvra demain. Nous sommes des aveugles sans canne blanche, rien ne change. Demain il faut que je passe à la blanchisserie, c’est un état d’urgence.
Des phares blancs tournent dans la cour, des pas légers montent les marches, la porte s’ouvre, Plume, notre chat blanc s’engouffre devant elle, je m’avance, elle sourit, elle tient à la main un gâteau pour le dessert, un fondant au chocolat blanc, je l’embrasse, j’éteins la télé, je mets un disque et nous sers un verre de vin blanc, le monde peut bien s’effondrer.
Je ne suis qu’un homme cassé, blanc cassé, avec des bras d’acier et une volonté en fer blanc, ou l’inverse suivant le temps. Il est vingt heure, le monde peut bien s’effondrer, je fais couler un bain, la vie peut commencer.

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72 – Blank  posté le jeudi 15 mai 2008 17:30

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Infernale machine qui me tient par les mains, les pieds, les poings, les couilles surtout. En quelques jours, je suis devenu un écrivain monochrome. Blanc. Redevenir blanc, l’un des objectifs de ce livre.
Je suis blanc, I am Blank.
B . L . A . N . K : Beautiful Languages Are Not the Key
Le nombrilisme dont j’ai fait preuve au cours de ces pages n’atteint pas le narcissisme qui me pousse à écrire. J’assume. Au moins ai-je le mérite de ne pas avancer une fausse créativité dissimulée sous des changements de prénoms de protagonistes et des effets de style.
Les élites plumitives m’ennuient, elles tiennent leur rôle, intouchables, supérieures, hermétiques. Elles se foutent des gens la plupart du temps, elles manipulent les adjectifs pompeux pour mieux camoufler le creux du propos qu’elles délayent. Combien de livres ai-je pu lire, qui ne soient qu’une copie édulcorée de la vie amoureuse de l’écrivain durant son adolescence, mise en scène dans un décor exotique ou une époque à froufrou, combien m’ont profondément ennuyé de leurs turpitudes familiales en piétinant les millions de papa.

Blank, beautiful langages are not the key.
Une jeune femme d’origine turque m’a écrit suite à la lecture de mes chroniques en ligne. J’ai été parcourir les siennes, c’était court, incisif, juste. Pas une seconde, je ne me serais douté qu’elle parlait le français comme moi l’Ougandais. C’est à travers quelques échanges de mails que je m’en suis aperçu. Elle écrivait, vraiment, sans parfaitement connaître la langue. Elle écrivait beaucoup mieux que ne lui permettaient ses connaissances. Elle écrivait Blank.
L’écriture est narcissique par essence, encore faut-il qu’elle ne soit pas une quête déguisée d’intellectuels fondus dans l’ennui, en mal de reconnaissance.
À chacun sa place, et les étagères des librairies seront soulagées d’un certain poids, en attendant de pouvoir accueillir les écrivains blank.
Blank était au départ le titre de ce livre, et puis en court de route, d’autres horizons se sont ouverts, de nouvelles possibilités aussi. J’ai pris goût à l’écriture désinvolte, à l’antilivre, au quotidien qui transpire.
Blank fut une expérience, le blanc une ouverture. Le blanc est la somme des couleurs du spectre visible. Je vais les explorer une à une.
Blank est devenu Blanc, le premier volet de la pentalogie Infernale Machine.
Les premières lignes des volumes suivant sont jetés, Infernale Machine qui me pousse en avant même quand ma joue s’écrase sur le clavier.
Aujourd’hui, écrire, c’est un peu comme distiller à l’alambic, c’est presque interdit ; Presque est le mot sensible. Je laisse l’Infernale Machine jouer avec mes envies ;  Elle me parle et me dit :
« Quand un auteur passe de l’autre côté du miroir, il n’y a rien d’autre à en attendre que la vérité. »
Relevant la tête du clavier, je lui réponds :
« Quand on écrit avec ses tripes, parfois, on y laisse sa peau. »
Elle rétorque :
« Il est des livres qu’on écrit à l’encre et à la plume sur des pages blanches, d’autres au vitriol et au scalpel sur des peaux blêmes. »
Je suis un écrivain monochrome, l’Infernale Machine a toujours le dernier mot.

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71 – Marquer d’une pierre blanche  posté le lundi 12 mai 2008 16:55

Blog de smokki : >  Liberty Junky  > www.smokki.com, 71 – Marquer d’une pierre blanche


Ne jamais commencer, ne jamais commencer à écrire… Ne commencez jamais.
À dire la vérité, ne commencez jamais. Vous irez forcément trop loin ou forcément nulle part.
Il est épuisant d’écrire, il est fatigant de lire, pour ne considérer le livre et l’écrit que comme des supports de communication, pour ne rester qu’en surface de ligne, pour ne raconter qu’une histoire. Si l’envie vous prend, faites de la musique, du cinéma, non pas que le travail y soit moindre, mais ce sont des supports qui se prêtent mieux à « l’histoire » aujourd’hui, si seule « l’histoire » vous motive.
L’écrit vous emmènera plus loin que l’art d’écrire, comme peuvent également le faire la musique et le cinéma ; A la différence que ces deux disciplines requièrent plus de connaissances diverses pour dépasser le stade de l’histoire, pour ne pas rester en surface. L’écriture quant à elle, peut être quasiment accessible au plus profond de ce qu’elle est, de ce qu’elle peut transporter, engendrer ou détruire, en quelques années. D’où son danger. A chaque ligne on ne sait quel concept on va toucher, à quelle conclusion on va aboutir, et surtout, on ne sait jamais si l’on est prêt à les recevoir tel quel, sorti de nous, aussi dérangeant puissent-ils être.
Au début, on gratte la page avec une fourchette à dessert, et après quelques merveilles découvertes, c’est à coups de pioche que l’on poursuit. On creuse, sans toujours savoir où l’on va, on creuse le monde, on creuse l’imaginaire, on creuse la vérité, on creuse en soi. On extrait la matière, des seaux de terre, on étampe les parois de quelques poutrelles, on creuse les couches de gravier et de glaise, on installe un peu de lumière dans le tunnel, on creuse plus loin, on tombe sur une couche de granit que l’on dynamite, le boyau s’allonge, on installe un compresseur en surface pour pulser un peu d’air au fond du tunnel on creuse encore, l’entrée baignée par le soleil réel a la taille d’une pastille, on aspire vers la bouche d’air et on redouble les coups de pioche, bientôt l’entrée n’est qu’une pointe d’aiguille avant de disparaître…
Douce mécanique, infernale machine, impossible d’arrêter les coups de pioche qui volent dans l’air, les poutrelles craquent sous la pression à contenir, on les entend, et on espère qu’elles vont tenir car il reste encore quelques coups de pioche à mettre, demain j’arrête, demain j’aurai fini… N’écrivez jamais, ou restez en surface de ligne, même si l’air n’y est toujours frais, l’air y existe.
La vérité est une quête perdue dès le premier jour, celui marqué d’une pierre blanche, celui à partir duquel on ne peut jamais revenir en arrière.
Ne commencez jamais à griffer la ligne pour ceci ; Encore faut-il en avoir le choix. La pierre blanche flottait au-dessus de ma tête depuis 1991, je jouais avec, chansons, poèmes… La pierre blanche s’est posée sur moi un soir de novembre 1997. Je l’ai vu étincelante, miraculeuse, belle, je ne savais pas. Je ne savais pas qu’elle était beaucoup plus que cela, je ne savais pas qu’elle m’emmènerait jusque-là.
Écrire, c’est au-delà de tout, ne commencez jamais. Faites.

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70 – Les dents blanches  posté le samedi 10 mai 2008 16:11

Blog de smokki : >  Liberty Junky  > www.smokki.com, 70 – Les dents blanches


L'envie me prend et puis s'en va. L'envie de dormir, celle de partir. L'envie d'aimer, celle de lui dire, l’envie d’avoir les dents blanches aussi. Tous ces sursauts qui apparaissent et s'évanouissent sans raison. Tous ces petits hoquets de vie, qui remplissent les minutes et nous permettent de rester éveillés. Petites envies, désirs irrépressibles, briques du présent pour ériger des souvenirs. Le passé, lui, n'est qu'un fil où s'égrainent ces perles ; Un collier fait de perles d'huîtres nacrées ou de billes d'acier.
Jouisseur compulsif, l'homme aux dents blanches se sert et ne demande jamais. Inconséquent, puéril, de délires en caprices, il rebondit sur ses envies, les use, les déforme, les compresse, puis les jette, comme un enfant casse ses jouets. Trop de bonbons en vitrine, trop d’envie à satisfaire, les bonbons font mal aux dents. Indécis, il les prend tous et sans y goûter, les laisse coller le fond de ses poches.
Peur de manquer, réminiscence d'après-guerre. Peur de manquer de temps, d'amour, d'argent, de n'avoir que quarante paires de chaussures à se mettre.  Peur de ne pas être unique en croisant au cours d'une soirée le même petit décolleté, peur de ne pas être exceptionnel, peur d’avoir les dents qui jaunissent, peur de ne plus pouvoir sourire en société.
Faire pour faire, dire pour dire ; Rentrer dans le moule des préoccupations qui bercent les conversations les plus saines… Être original sans être marginal ; Avoir des rêves passés au polish du politiquement correct, et finalement, n'avoir pour envies qu'un dictat de couvertures de magazines aux dents blanches et la profonde bêtise d'une élite intellectuelle, qui non contente d'enduire les murs de son ennui, assène ce dont doit se satisfaire la masse inerte des chicots pourris.
Mes dents blanches sont l’effet d’un brossage intensif, les leurs, d’un effet de jeu de lumière ou d’une correction numérique. Les dents blanches sont l’apanage de la nouvelle aristocratie, celle qui peut sourire de tout, celle à qui tout sourit, au loin des haleines putrides. Ce sont les dents couronnées, qui considèrent l’éclat de leur  miroir comme une douce réalité. Les dents blanches obtiennent tout d’un coup de canine, quand nos envies ne sont que leurs sursauts d'ennui, et nos désirs, leurs ébauches gratuites de plan de carrière ou d'art de vivre. Autant d'échelons qu'ils n'ont jamais eu et qu’ils n’auront jamais à gravir. Garder les dents blanches reste leur seul souci.
L'envie me prend et puis s'en va, même celle de prendre leur place, même celle de leur arracher les dents. Avoir les dents blanches en toute circonstance, leur envie… leur misère… Postiche de vie, je leur laisse. Ce matin, je me brosse les dents, avant qu’elles ne viennent à tomber. Ce matin, l’envie me prend de croquer.

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69 – Carré blanc  posté le jeudi 08 mai 2008 20:15

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Allez savoir, allez savoir ce qui pousse et ce qui empêche…
J’ai l’âme souple, l’œil de vers, le cul sous la lune, je pousse et j’espère.
Carré blanc. Deux images s’imbriquent sur les mêmes mots. Choisir son camp. Suis-je à la seconde ligne le Pierrot implorant les sphères célestes, ou le couleur de bronze, votre serviteur, l’homme aux chapelets de perles. Carré blanc. Soixante-neuvième variations, je me retourne sur moi-même, comme je le faisais on « This Fucking Way » ; Ouvrage ô combien à l’image de ce que j’étais : un carré blanc. Collectionneur d’amours mortes, de beautés fracassées, papillonnant d’histoires sans lendemain en rencontres passagères, trop courtes, trop éphémères pour avoir même le temps d’être infidèle. Carré blanc sur ma vie d’hier, elle n’existe plus. J’ai roulé capoté pendant tant d’années, qu’aujourd’hui le soleil me brûle le front  à chaque virée que je fais.
Carré blanc, parler de cul peut-être, aucune envie quel que soit le camp que je choisisse. On ne peut parler que de ce que l’on connaît, que de ce que l’on vit, arranger le décor au mieux, c’est aussi cela écrire, transgresser ; Non pas les règles, mais ce que l’on est, ce qui pousse, ce qui empêche, deux moteurs indivisibles. Regarder en face son propre carré blanc, en redessiner les contours, s’en servir, tenter de vivre avec, ne jamais le quitter. Le carré blanc est la fêlure et la folie propre à chacun d’entre nous.
Mon carré blanc ressemble à la lune que j’observe ce soir, plus grosse qu’hier, carré blanc dont j’ai arrondi les angles. Allez savoir, allez savoir ce qui pousse et ce qui empêche…
J’ai l’âme souple, l’œil de vers, le cul sous la lune, je pousse et j’espère…
Carré blanc… C’est le morceau de sucre qui tombe dans le café du matin… À chacun le sien.

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