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Il y a l'océan  posté le jeudi 24 mai 2007 12:57

Blog de smokki : >  Liberty Junky  > www.smokki.com, Il y a l'océan


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Chapitre 1  posté le jeudi 24 mai 2007 12:56

 

J’ai des bleus à l’âme, j’ai des bleus au cul - La nuit est passée, la nouvelle année peut commencer – Bonne Année !! Et la portière s’est refermée, la voiture s’est éloignée - C’est un matin bleu, bleu glacé, un matin de premier janvier –

Je reste là, planté sur le bitume, avec mes bleus à l’âme et mes bleus au cul, je souffle la fumée de l’hiver, je me sens léger – Il est encore dix heure dix, une chance, je n’aurai pas à me lever – La voiture bleue tourne à l’angle et disparaît, je suis seul, pas même un chien pour me renifler, juste un bout de trottoir d’où je n’ose descendre – Rester là, figé, au moins être sûr que plus rien ne pourra arriver – Attendre que le reste des années passent, ne rien faire, ne pas bouger, ne pas commencer cette année – Ou prendre le train qui entre en gare – J’entends un coup de feu dans le fracas des vagues -

Cette nuit fut un bleu de plus, un bleu de trop, je me tiens les côtes –

J’ai croisé l’Arche de Noé, le Grand créateur, un accordéoniste mort sur ses chiottes, des pots de Nutella, des tubes de lubrifiant, des strings bleus, du bleu encore, partout, un œil dans une bouche, une bouche sur un œil, Tarzan en culotte de velours en train de se faire branler copieusement, des lucioles, du champagne antigel, un taxi dément avec une tête de suppositoire, la chaleur des flammes de l’enfer, un couple de sangsues qui s’enculaient, il y a tout eu cette nuit, une valse écologique au bal des vampires, des pelletées de neige, des géniteurs atteints d’éléphantiasis en gros porteur, un peu de TNT, les preux chevaliers de la bonne conscience, les mazoutiers de Greenpeace, un terrain de foot sur un coin de table, les carrés VIP, les nouveaux commandements gravés in porcelaine, des ex-soixante-huitards qui instauraient les nouvelles règles du business de « l’être », des Judas clonés par paquets de quinze, un astre noir, des évidences en carafe, des voix fantomatiques venues de nulle part, des bandelettes de lépreux, l’ordre des Grands Masturbateurs Universels, des rangées de dents qui clignotaient, des bouteilles opaques, la naissance de l’âme infecte, quelques envies de dégueuler, des kilomètres de cigarettes à consumer, des bonnes résolutions en perfusion, le fracas des verres sur le bar désillusion, un jerricane d’essence prêt à flamber, la Bête sur la Belle en train de vomir sur les rosiers, des offrandes, des sacrifices, le ballet des croyances ineptes, des mètres carrés de miroirs qui se sont multipliés, des marques de dents, des châteaux forts publicitaires, des tartines de beurre, un manchot qui mangeait du chocolat, le Dieu des géraniums, des kyrielles de saucisses, une montre molle, des Absolut Cat défilant dans des wagonnets rouges, une assistance sussotante, un moussaillon, un Docteur ès Cunni, des bouts de bras au sol, des poupées gigognes, un têtard à hublots couvert de vomis, des globules blancs, des globules rouges, des palettes d’anxiolytiques, des cachets bleu-liberté à gober, des champs d’OGM, des zones industrielles quadrillées de barbelés, un pompiste communiste, des souries obèses, la vox populi qui se tirait sur l’élastique, un mammouth sodomite avec des galons sur l’épaule, une naine en jarretelles qui nageait, j’ai tout croisé cette nuit, je me tiens les côtes et j’attends que le dernier mot vienne s’effacer, chaleur rouge, chaleur chaude, j’ai tout vécu sans rien aimer – Il y a tout eu cette nuit, et puis… l’océan infini –

C’aurait pu être l’alpha, le premier jour de l’année, ce n’est que l’oméga, l’océan rouge qui engloutit d’une vague les derniers mots de mon tatouage à jamais –

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Chapitre 2  posté le jeudi 24 mai 2007 12:55

 

Il n’est encore que dix-huit heure trente et une, quand j’espère que ma nouvelle ex appelle pour que nous passions le réveillon ensemble – Je me brique les dents – Elle m’a quitté la veille – Je me rase – Pour un appartement plus grand – Un coup de taille-haie sommaire dans la touffe pubienne – Financé par un Golden Glandeur dont la palette de compétences s’étend d’un sourire dans une pub pour dentifrice, à un mouvement de cheveux pour un shampooing anti-pelliculaire – Déodorant longue tenue sous les aisselles – Elle est partie en disant « Parce que je le vaux bien », elle a cru bon de rajouter en souriant « Parce que tu ne vaux rien » - Un peu de crème sur le visage pour lisser les traits – La radio ronronne des vœux pour l’année à venir, juste de quoi faire cramer celle qui vient de passer – J’allume une cigarette, le téléphone n’a pas envie de sonner – Choisir une chemise, blanche standard-standing, non, bleue, bleue électrique, pour revenir à la vie, l’électrochoc d’une dernière soirée – J’ai envie de pisser –

Elle m’appelait Fontaine, rapport à ma capacité de vessie, un jet parabolique du méat de ma verge jusqu’en fond de cuvette de plusieurs dizaines de secondes par jour d’intempéries – Fontaine, surnom en soi peu poétique, mais qui vaut bien un « mon cœur » dans une bouche en cul de poule !

« J’comprends pas qu’on puisse être avec un mec juste pour son pognon ! », qu’elle disait en se massant les seins – Fontaine, il ne faut jamais dire fontaine …

« On fait un câlin ? » - Ce qu’elle appelait câlin se limitait à un emboîtage sommaire et répétitif, dont le principal objet était son plaisir et le bilan chiffré du nombre de « câlins » qu’elle pourrait étaler dans la discussion auprès de ses amies –

« Moi, j’comprends pas qu’on puisse être avec un mec juste pour sa bite… » , qu’un jour je finis par lui dire –

« Moi non plus ! », qu’elle répondit en me fourrant la queue dans son pot de Nutella –

Des fables, voilà ce qu’on se raconte – Loin de La Fontaine, je me contente de remonter ma braguette, repense au lièvre, à la tortue, au corbeau, au renard, à ma nouvelle ex, et me dit qu’en fait, si elle se pointait, c’est tout l’Arche de Noé que je lui fourrerais dans le cul ! Je tire la chasse d’eau, et c’est une vague bleue de mousse chimique qui emmène mon tonneau de pisse jusqu’à l’estuaire du grand océan -

Retour en salle d’Ô, puisque c’est là qu’elle adorait les mélanges et les ébats – Le visage du colosse se dessine dans le miroir, le mien, celui que j’étais, avant que les Normalers ne viennent me sucer l’énergie jusqu’à la moelle – Torse poil devant le miroir, j’observe la carcasse du trapu trentenaire, son petit bedon de gourmet et son tatouage sur le flanc :

 

For in truth,

Nothing has changed,

Everything has changed,

Forever, I’m out of here,

        (Forever)

I’m a Liberty - Junky

 

À jamais, je ne suis pas d’ici – Mais je dois faire avec – Ou sang –

Je suis beau, ou presque, difforme sous certains aspects – Des travers que je garde invisible, des travers qui n’ont pas cours sur Terre – Je suis l’homme singe qui court après une araignée dans sa tête, un hamster dans sa roue, un dresseur de mygales pour voûtes crâniennes, l’empereur des lilliputiens assiégé par les images que lui renvoie son œil caméra du monde réel –

Définitivement, rien n’a changé – Je déteste les hommes, ces boules de chair ignorantes, imbues d’elles-mêmes, repues de leurs voisines – Les hommes, ce cancer de la planète – Vu d’ici, la Terre est bleue, oui, la Terre est bleue vue de l’univers – C’est une goutte d’eau, presque pure, presque calme en surface, si les hommes cessaient de patauger pour faire des vagues –

Les images n’existent qu’avec la lumière, même le monde, même le miroir, il faudrait éteindre le soleil – Sans lumière, il n’est plus de face cachée, il n’est plus d’ombre – Juste le repère brûlant de mon bout de cigarette incandescent –

Ce soir, il faut que je sois beau, il faut que je sente bon, ne serait-ce que pour me fondre dans la masse – Il faut que je dise de jolis mots dans le bon ordre, au moins jusqu’à minuit, après, j’irai faire du dérapage verbal dans les toilettes, j’y vomirai ma bile dans la cuvette ou sur le miroir – Il y a un miroir dans les toilettes, je le sais, c’est pour cela que j’y vais - Rester superficiel pour rester en surface, tout un combat – Arborer sourire et assurance, classe sociale et prestance, évoluer entre les boules de graisse ventripotentes tel un petit rat de ballet, un petit rat qui dévore les pieds de table, les coussins grassouillets, les livres d’intellectuels à la petite semaine, les opuscules de mal de vivre qui transpirent les opiacés, la coke et les amphets, tous ces paradis en poudrier où s’infusent les grandes idées, tous ces cachetons de vie en rose dont ils s’envoient des boîtes entières pour soutenir ce sourire figé à jamais – Un petit rat à longue queue qui ne sait dans quelle boîte à gland il pourra garer sa protubérance en toute élégance avant la fin de soirée – Tournoyer encore, écouter celui qui ment le moins, trouver dans l’éclat d’un regard bovin de quoi s’occuper les mains pour le reste de la nuit, peut-être demain, dans l’espoir de lui offrir des roses fanées la veille de la Saint Valentin –

J’observe le colosse dans le miroir, soixante-huit kilos de conneries à peine, rougeur au cou, c’est un bleu, un souvenir de ma nouvelle ex – L’Arche de Noé, l’Arche de Noé en entier… Nouveau programme animalier à diffuser à heure de grande écoute… « Observez la misère de ces poneys, obliger de se réfugier dans les orifices béants de cette jeune femme pour se protéger des gelées d’hiver ! Regardez ! Et envoyez vos dons à La Taupe au Guichet, BP 69, Boulogne ! »

Vraiment n’importe quoi ! Salope ! Boule de pus ! Comment je vais faire pour harponner ce soir ? Draguer en col roulé ? Et pourquoi pas avec des lunettes ovales et la raie sur le côté ! Dans la série des handicaps, je ne fais ni golf, ni cheval ! Encore que le golf, une canne… Dix-huit trous ! Mais ce soir, pour les dix-huit trous, c’est pas gagné… Ambiance couples qui battent de l’aile tant qu’ils peuvent avant de se crasher, mais heureux de se montrer quand même… à deux – J’vois pas l’intérêt, à part pour venir me gonfler les burnes sur mon statut de célibataire, qui, au fil des années confine à la suspicion de mon homosexualité… Dix-huit trous, impossible, mais dix-huit ans peut-être… Ça nous laisserait quatre ou cinq ans de bons avant qu’elle ne commence à pourrir ! « Observons ces deux papillons » comme disait Desproges… Non, ce soir, je le sais, le coït sera verbal ou ne sera pas – Des tours de langue dans ma bouche ou dans une autre, ça reste des tours de langue, des préliminaires –

Vraiment pas envie d’y aller – J’ai déjà en tête tout le film de la soirée, un déroulement parfait où je ne serai que spectateur comme à mon habitude, où ma présence, presque injustifiée, ne fera au mieux que l’effet d’un pet sur une toile cirée, si jamais l’espace d’un instant mes sphincters venaient à me lâcher – C’est cela, je serai un pet, poli, bien habillé et qui sent bon, un pet sans vulgarité, sans voix de trompette, sans clairon, un pet jouant de mélopées harmonieuses pour mieux se faire entendre sans entacher le décor rouge, or et brillant de cette alcôve de beauté – C’est dans la chaleur de ce vent que je souhaiterai ma bonne année -

J’ai les tétons qui pointent, léger titillement sarcique, c’est la petite de dix-huit ans, avec sa petite robe de soirée et ses petits seins fermes et son petit cul rebondi et ses grands yeux émerveillés et ses frisettes noires qui coulent sur ses épaules dénudées… Putain ! J’ai la canne ! Merde ! Je vais devoir me branler, merde ! Je viens de me doucher ! Merde, merde, merde, concentration… Rien à faire, j’ai la canne, j’ai la canne ! Encore, mi-molle, ça se gère, on peut se la sangler sur la cuisse ! Mais la canne putain, ça se voit, surtout en pantalon de smoking ! Pas le choix, onanisme de rigueur en salle d’Ô, c’est mon ex qui serait contente si elle était là ! Six heure et demi passé, et il y a tout à refaire ! Comment se mettre en retard pour une malheureuse branlette ! Vous saurez désormais de quoi il en retourne quand vos invités se pointeront avec une heure de retard, la bouche en cœur en vous sortant qu’ils ont eu un mal fou à se garer ! Bon allez, concentration, efficacité, ça va pas traîner…

Kleenex !

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Chapitre 3  posté le jeudi 24 mai 2007 12:54

Under-douche, c’est chaud, brûlant, je m’astique le manche, m’astique en deux mots car en un, je manquerais de souplesse – Ça c’est vraiment un truc que tous les mecs ont essayé au moins une fois dans leur vie : l’auto fellation – Echec cuisant hormis pour quelques rares exceptions – Encore un sadisme navrant du Grand Créateur : pour quelques centimètres manquant, c’est le commencement du mensonge, on manque de souplesse… Alors qu’on a simplement la queue trop courte ! Et le tiercé de la Trinité nous observe à la loupe d’un air amusé, tout en croyant encore tenir le manche - C’est comme le reste de ces putains de commandements qui nous tiennent par les couilles ! En substance, c’est toujours pareil « Tu peux regarder, mais tu ne peux pas toucher ! » -

Ce n’est pas le Diable, mais bien les Dieux qui ont créé la tentation – Comme disait Gainsbourg « Je mets toujours les Dieux au pluriel, de peur qu’il y en ait un qui le prenne mal. »

Je suis bien sous la douche, ça fume, ça mousse, c’est peut-être un des derniers îlots de tranquillité de notre société, avec les gogues – Sous la douche, porte fermée à clé, personne ne vient vous emmerder, vous sortez du monde, en musique de préférence, ce qui créé une muraille de plus envers les envahisseurs de calme – Sous la douche, vous vous touchez, vous vous auscultez, vous reprenez conscience de votre corps, vous rassemblez en un l’intellect et la matière, vous vous occupez de vous-même, juste de vous-même – Le monde pourrait bien s’effondrer, sous la douche, rien à carrer – C’est une purification, une renaissance de chaque jour – Les jets crépitent sur mon crâne chauve aux cheveux longs, j’ai l’impression que ça me nettoie les idées, que je retrouve un peu de sérénité, finalement, je vais peut-être passer une bonne soirée, peut-être même une bonne année, finalement, peut-être qu’enfin quelque chose va se passer, que ma vie va commencer, que je ne serai plus un pantin translucide en quête d’un émerveillement qui n’existe que dans ma tête, que je ne parviens à saisir, enfermé dans un sac sur le dos de l’araignée qui me court sous le crâne et que je ne parviens à piéger – L’ennui, cicatrice béante, ok, voyons la nouvelle année – L’absence de gant de toilette, nid microbien que je déteste, me fait penser aux gens de toilettes que je vais croiser autour de la bassine de punch dégueulasse qui risque de trôner sur le buffet – Ce besoin de boire des saloperies pour faire dans l’exotisme – La maîtresse de maison doit avoir un abonnement à Maxi ou Femme actuelle, on peut pas lutter – Ce sont là des références littéraires de quadra supérieures, c’est une échelle assez amusante d’ailleurs : à chaque âge son Tétine-Magazine, ça commence par un Jeune et Jolie, puis un 20 ans, après ça vire rapidement sur Cosmo, Elle, Biba entre 23 et 30 ans, à 35 ans, il y en a qui les achètent encore, mais globalement, la tendance s’est projeté sur Marie-Claire, Maison Déco & Jardins, et la collection des guides de maternité en kit, et passé la quarantaine, il y a encore un vieux Elle pour les divorcées qui traîne aux chiottes, mais sinon, c’est Maxi, La Redoute, Femme Actuelle, Madame Figaro, les 3 Suisses et j’en passe, juste avant de basculer dans Nous Deux, Vie de famille, pour se contenter du Télérama avant le Télé Z et l’Almanach Vermot !

Donc ce soir, en sage lectrice d’un magazine familial, on va bouffer light, sans cholestérol, sans graisse - En amuse-gueules, on aura peut-être droit à des feuilles d’endives parfumées au jus d’artichaut, et le pire, c’est qu’il faudra trouver cela bon, goûteux, presque génial dans l’idée, (fiche n°458 du « comment bien manger quand on est civilisé ») – Ça devrait occuper la conversation pendant vingt bonnes minutes, mais le gros du discours, et la relance permanente de la conversation tournera tout de même autour de son putain de punch ! À chacun de s’esclaffer ou de s’émerveiller sur le fait qu’il n’est pas trop fort, qu’on sent à peine le goût de l’alcool, car il n’est pas de bon ton de boire un liquide qui saoule entre gens de bonne société ! Du moins qui se croit de bonne société ! Car pour l’avoir fréquenté à quelques reprises, allez savoir pourquoi, mais en bonne société, on ne boit que des champagnes millésimés et du Whisky 18 ans d’âge minimum ! Comme les filles, c’est le meilleur âge, après c’est n’importe quoi ! Et même si la maîtresse de maison adore lire son Marie-France lorsqu’elle pose culotte, croyez-moi qu’elle a le bon goût de ne pas servir aux invités les recettes à base de rien qui y sont vantées !

Bon, me voilà rutilant du prépuce, couilles vides soit, mais muni d’un cortex propre, autonome, dépourvu de pulsions biaisant à chaque instant le propos, la pensée ou le simple échange cordial – Du moins pour les vingt-deux minutes qui viennent – Le temps de faire le plein – Une pulsion toutes les vingt-deux ou vingt-trois minutes, c’est le fardeau de l’homme, tout ce qu’il y a de plus scientifique, heureusement que toutes ne se transforment pas en érection impossible à maîtriser, on en serait encore à tagger des marcassins sur les murs de nos grottes entre la chasse aux lapins et la course aux antilopes ! C’est donc bien l’abstinence de l’homme qui a fait avancer le monde ! Voilà ce que j’appelle un raisonnement clair et limpide, muni d’une conclusion inattaquable, ceci n’étant envisageable qu’avec une paire de noix qui, pendant quelques minutes, n’aura rien à envier à des raisins de Corinthe ou à un oued africain !

Pas envie d’arrêter le jet, vapeur tiède, je vais être à la bourre, tant pis, petite cigarette pour la route, oui, sous la douche – J’ai beau avoir un grand nez, ça reste limite techniquement, alors j’ai installé un cendrier sous la douche, une sorte de cage à oiseaux fumante, avec briquet chalumeau et étui à cigarette étanche – Petit luxe inutile que je me plais à cultiver, mais d’une haute teneur symbolique quand on a le cerveau embrumé ! D’un point de vue alchimique, il s’agit de passer de la vapeur au brouillard, puis de transformer le brouillard en fumée, et d’un point de vue politique, ma douche sera peut-être un jour le dernier endroit où j’aurai encore le droit de fumée en toute liberté – Inspirez… Expirez… C’est presque du yoga, calme, détendez la sangle abdominale… Inspirez… Soufflez… Fermez les yeux… Asseyez-vous… Et laissez-vous aller…

Ah ! Oui, s’asseoir ! J’ai un tabouret dans la douche, plus courant que le cendrier, mais il n’y a pas de raison que le confort de l’endroit soit réservé aux grabataires ! Essayez ! Seul ou à deux, c’est le détail qui permet sans remords de vider le cumulus ! Surtout à deux ! Oui, car les emboîtages verticaux, c’est bien mignon, mais ça glisse ! Et puis on met toujours deux plombes à trouver un pseudo confort de position, tout ça pour mimer une soi-disante imagerie érotique, qui perd tout son charme une fois que vous ne sentez plus vos bras ou vos jambes, sans compter que lorsqu’il faut « porter » la demoiselle, ce sont toujours les lombaires à bibi qui trinquent ! On a beau être des gentlemen, faut quand même avouer que dans certains cas un transpalette serait nécessaire ! Vu le manque de glamour de l’engin dans la salle de bain, j’ai opté pour le tabouret sous le jet, efficacité optimale, d’autant qu’on n’a plus à batailler sur l’orientation du pommeau d’eau chaude !

Dernière bouffée, dernier rinçage de la bête, faut que je me bouge quand même, allez, on tire le rideau !

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Chapitre 4  posté le jeudi 24 mai 2007 12:54

 

Tic-Tic-Tic-Tic ! On frappe à la porte – Petit poing énervé soutenu par poignet fin, rien à voir avec le Boum-Boum éthylique de mon voisin – Tel un jeune éphèbe grec je me noue une serviette à la taille – C’est d’ailleurs un réflexe parfaitement inutile puisque noué devant, ça cache bien le cul, mais à un moment ou à un autre, il y a toujours la tête qui sort ! Je sors de l’antre fumant, putain ça caille, qui c’est qui vient faire chier à une heure pareille ! J’ouvre – Ma nouvelle ex en robe turquoise – Je m’attendais à être content ou surpris ou en colère ou dépité ou amoureux ou énervé ou larmes aux yeux ou joyeux ou déprimé, non, non, absolument rien à foutre –

Moi : Bonsoir c’est presque trop poli, qu’est-ce tu veux ?

L’ex : J’ai oublié mon gel, je suis passé le récupérer !

Ton espiègle visant peut-être à me crasher son bonheur financier au visage alors que j’entends ronronner le coupé Mercedes de son guignol à brushing le long du trottoir –

Moi : T’es venu pour un malheureux gel douche un 31 ? Il ne peut pas t’offrir l’usine Tahiti douche ton Golden quéquette ?

L’ex : Non, le gel de la chambre, tu sais… Que j’ai des problèmes pour…

Moi : Oui, oui, ton discours sur les mouillettes, ça va, tu me l’as déjà compilé à toutes les sauces, je connais ! Il n’a pas bougé, toujours sous l’oreiller, tu m’excuses, c’est un peu court depuis hier, je n’ai pas eu le temps de ranger !

L’ex : C’est pas grave, tu sais que moi et le rangement… J’y vais !

Moi : C’est clair que dans la série des bordels nucléaires, tu te poses là ! Au fait, comment tu fais avec Stéradent ? Il fait aussi le ménage, la bouffe, les courses et la lessive ?

L’ex : Nooon ! Tu penses ! Il y a une bonne pour ça ! Ça y est, je l’ai !! Heureusement qu’il en reste, je ne sais pas comment on aurait fait ! Il n’y a plus une pharmacie d’ouverte !

Moi : C’est délicat –

L’ex : Mais je te dérange peut-être ! Qu’est-ce que tu faisais ?

Moi : Ben là, tel que tu me vois, je m’apprêtais à faire une petite danse du ventre et puis après je comptais me faire des petites glissades le cul à l’air sur la rampe d’escalier, mais t’inquiète pas, je viens de me branler juste avant !

L’ex : Hi ! Hi ! Hi ! Toujours le même ! Au fait qu’est-ce que tu fais ce soir ?

Moi : Ben tu vas pas me croire, mais dans l’absolu, j’avais l’intention de passer la soirée avec ma copine, mais je crois qu’elle aura un empêchement, un problème de brushing il me semble – Mais on doit se retrouver dans la soirée !

L’ex : Ah ! Bon ! Tu as retrouvé quelqu’un ! Je suis très contente pour toi ! Un 31 toute seule, moi je ne pourrais pas !

Moi : Oui, surtout à 31 ans !

L’ex : C’est vrai qu’t’es vieux toi !

Moi : Je ne voudrais pas te faire de la peine ma chérie, mais tu les auras dans 3 mois !

L’ex : Déjà ? T’es sûr ?

Moi : Si, si ! Je t’assure !

L’ex : Bah ! On a l’âge qu’on a dans la tête !

Moi : Surtout t’inquiète pas pour ça ! T’as de la marge !

L’ex : Je suis contente qu’on reste amis ! Tu peux pas savoir !

Moi : On ne va peut-être pas aller jusque-là !

L’ex : On pourrait se faire des trucs tous les quatre !

Moi : Oui, plein de trucs, pourquoi pas ! Genre un Tétris grandeur nature sur un King Size !

L’ex : Ah ! Non ! Moi j’ai arrêté de fumer !

Moi : Ça c’est une bonne nouvelle ! Ça me fera des économies !

L’ex : D’où l’adage : Une de perdue, dix sous trouvés !

Moi : Voilà, on va le prendre comme ça !

Tut ! Tut !

Moi : Je crois qu’on t’appelle là !

L’ex : T’es sûr ?

Moi : Aaah oui ! Je ne sais pas si c’est son klaxon de beauf ou le grelot qu’il se promène entre les oreilles, mais ça tinte à tout va !

L’ex : Faut qu’j’y aille alors !

Moi : Ben oui, j’crois qu’c’est mieux, un investissement pareil, ça se surveille comme le lait sur le feu, sinon ça déborde, et je le trouve assez bruyant comme ça !

L’ex : T’as raison ! Surtout si je veux qu’il me passe la bague au doigt !

Moi : Déjà ? De mieux en mieux…

L’ex : Oui, c’est un fonceur, il est taureau comme signe ! Et je ne te parle pas du reste !

Moi : T’as raison, m’en parle pas ! Mais s’il a déjà un anneau dans le nez, d’ici qu’il te colle une cloche à vache autour du cou… Remarque, au moins, vous pourrez tinter en chœur toute la journée !

L’ex : Hi ! Hi ! Hi ! T’as pas changé !

Moi : Ben depuis hier…

L’ex : Bon allez, faut qu’j’y aille ! Dit-elle en agitant son tube de lubrifiant dans les airs.

Moi : C’est ça…

L’ex : Mais tous les deux, faut qu’on s’parle ! Pas ce soir, c’est le 31, mais faut qu’on s’parle ! Tu promets !

Moi : Et ben ça fera une première !

L’ex : Allez, j’y vais ! Ah ! Au fait ! Quel âge elle a la nouvelle ?

Moi : Dix-huit ans, tout frais-tout ferme ! Bonsoir !

L’ex : Bonsoir…  TUT ! TUT ! Oui ! Ça va ! J’arrive ! Fais chier ce connard ! - En descendant les marches –

Elle monte dans la voiture – « Ça va mon cœur ? Je ne t’ai pas trop fait attendre ?… »

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